Toute cette année, le Séminaire Saint-Yves aura été marqué par l’empreinte salésienne, Saint François de Sales ayant été notre figure spirituelle de l’année. Ce docteur de l’Eglise est saint patron des écrivains et des journalistes – il est l’inventeur du tract lorsqu’il ramena le Chablais protestant à la foi catholique – est aussi l’apôtre de la patience et de la douceur envers soi-même et le prochain. Les pages de son livre le plus célèbre, L’Introduction à la vie dévote, n’ont rien perdu de leurs jeunesses et de leurs simplicités pour nous apprendre comment être amoureux de Dieu dans la vie quotidienne.

Il était donc naturel que notre pèlerinage communautaire nous entraîne en Haute-Savoie, sur les lieux où a vécu Saint François de Sales à l’orée du XVIème siècle, exerçant la charge d’évêque de Genève exilé à Annecy, puisque les Calvinistes tenaient la ville des bords du Lac Léman.

Après une journée de trajet en car durant laquelle nous avons célébré la messe dans la cathédrale d’Evry (plus récente cathédrale de France qui vient de fêter les 20 ans de sa dédicace), nous étions le lendemain matin à Thorens-Glières, lieu de la naissance, du baptême, mais également de l’ordination épiscopale de Saint François de Sales. Les lieux sont pleins également du souvenir tragique et glorieux du maquis dirigé par le lieutenant Tom Morel lors de la Seconde Guerre Mondiale…

Un pèlerinage ne peut se concevoir sans une marche dans l’effort pour s’élever vers Dieu. C’est pourquoi nous avons l’après-midi même attaqué l’ascension d’une montagne bordant le Lac d’Annecy (certains ont même poussé jusqu’au col 500 m plus haut que nécessaire pour le plaisir d’y disputer une bataille de boules de neiges) afin d’atteindre l’oratoire Saint Germain, magnifique lieu de prière avec une vue exaltant la beauté de la Création, et où Saint François de Sales avait le désir de finir ses jours (on le comprend !) s’il n’était pas mort prématurément à la tâche.

Le troisième jour a été consacré à Annecy, « petite Venise des Alpes » au bord de son lac aux eaux émeraudes, et qui abrite la basilique de la Visitation, du nom de l’ordre fondé par notre saint et Sainte Jeanne de Chantal. Nous avons d’ailleurs pu nous recueillir auprès de leurs deux tombes à proximité du chœur. Certains ont par la suite poursuivi la visite de la ville, tandis que d’autres ont préféré goûter l’eau du Lac. Le soir, nous avons pu rencontrer Monseigneur Yves Boivineau, actuel successeur de Saint François de Sales sur le siège épiscopal d’Annecy.

Le lendemain nous avons rejoints les bords du Lac Léman, dont presque toute la rive sud est française, pour célébrer la solennité de l’Ascension à Thonon les Bains, ville du Chablais qui vit la première activité missionnaire du futur évêque de Genève. C’était une très belle chose que de pouvoir prier ainsi avec l’Eglise de l’autre bout de la France : les pèlerinages font toujours sentir quelque chose de la communion des Saints. L’accueil des paroissiens s’est prolongé par un déjeuner avant que nous partions visiter le bourg médiéval d’Yvoire, surnommé « la perle du Lac Léman ».

Enfin, le dernier jour du pèlerinage nous a emmené dans la ville de Genève, cette Rome protestante pour le salut de laquelle Saint François de Sales avait consacré ses efforts et ses prières, mais en attendant le succès que de Dieu seul. Si aujourd’hui il y a à peu près autant de Catholiques que de Protestants Réformés (Calvinistes) à Genève, la ville s’illustre surtout pour son engagement dans l’œcuménisme, puisque, outre d’entretenir de bonnes relations entre ces deux confessions, elle abrite également le Conseil Œcuménique des Eglises, dont font partie plus de 300 Eglises chrétiennes à travers le monde. Le but de cette institution fondée il y 70 ans est de travailler à l’unité des Chrétiens, sachant qu’elle est moins une chose à construire par nos mains humaines qu’un don à recevoir de Dieu dans la volonté de réconciliation. Rencontres marquantes pour nous séminaristes Bretons et Normands, et qui nous incitent encore davantage à porter le Monde et l’Eglise dans la prière et à être des artisans de paix.

Quittant au terme de cette semaine très riche la belle région de la Savoie, nous effectuons sur le trajet du retour une pause à la cathédrale d’Auxerre, magnifique monument gothique aux volumes impressionnants. Puis chacun profite des dernières heures de route pour méditer en son cœur les événements vécus lors du pèlerinage, tandis que certains se prennent à rêver que la figure spirituelle de l’an prochain soit Saint Damien de Molokaï…