« J’écoute ce que dit Dieu le Seigneur : il dit la paix pour son peuple et ses fidèles. »  Ce sont les paroles du psaume proclamé en ce jour où nous faisons à la fois mémoire de saint Martin de Tours et où nous prions pour la paix en mémoire de la fin de la première guerre mondiale, l’armistice du 11 novembre 1918.

 

Voici notre Dieu : Il s’est révélé dans l’histoire d’Israël comme le Dieu qui veut la paix. Quel étonnement pour Israël et les peuples voisins qui eux rendaient un culte à des divinités guerrières, des dieux de la guerre. Le Seigneur se présente comme celui qui veut la paix, qui promet la paix, qui donne la paix, à tel point que dans les prophéties sur le Messie, il est nommé le Prince de la Paix. Ce mot Prince peut être entendu à la fois comme fils du Roi de la paix et également principe de la paix, source de la paix. Autrement dit, celui par qui la paix vient dans le monde. Car effectivement si la paix est reliée à Dieu, cela signifie que les hommes ne sont pas les seuls acteurs de la paix mais qu’elle est un don qui vient de Dieu vers les hommes. St Paul nomme ainsi dans un jeu de mots qui a du sens « la paix de Dieu » qui vient du « Dieu de la paix ». Il nous faut tenir ensemble ces deux réalités : la paix est une tâche à accomplir par les hommes et la paix est un don de Dieu.

 

Le Psaume nous conduit à comprendre cette « combinaison », cette alliance : la terre prépare, elle s’ouvre au don, elle est labourée par l’exigence de vérité et du ciel se penche la justice, elle qui marche devant la paix. Il n’est pas difficile de traduire : seules les relations vraies entre les hommes et des relations justes permettent de recevoir un don plus grand qui vient de Dieu, la paix. Ce n’est pas la seule bonne entente de relations vraies et justes, c’est davantage car la paix permet à la vie bonne comme dirait le philosophe Paul Ricoeur de croître et d’irriguer le monde, la vie en abondance pour parler comme l’évangéliste Jean, la vie du Royaume comme cela est énoncé dans les évangiles. Mais il nous revient, ce nous étant l’humanité, d’entendre la voix de Dieu qui exhorte et appelle à la justice et à la vérité pour recevoir ce don de la paix, qui en hébreu – chalom, voisine avec un autre mot, chalem, qui signifie ce qui est plein, rempli, débordant, de vie.

 

Nous le savons, les obstacles ne manquent pas ; il n’est pas difficile de percevoir que ces mots si chargés comme justice, vérité, paix etc. renvoient à des réalités fragiles et incertaines. L’accumulation des injustices est un obstacle à la paix. Et Jésus renvoie les hommes à la gestion de leurs conflits, ou plus exactement à la parole que Dieu leur a adressé depuis qu’il s’adresse aux hommes, une parole qui dit ce qui est juste, c’est le propre de la Loi transmise par Moïse. C’est notre tâche d’hommes que de faire en sorte que vienne le don de la paix.

 

Cependant, Jésus offre une voie nouvelle. Il ne remet nullement en cause le cheminement : de la justice procède la paix, mais il propose une nouvelle manière de le vivre. Devant les impasses et les incapacités des hommes à vivre dans la vérité et la justice pour recevoir le don de la paix, Jésus offre la voie nouvelle que toute sa vie manifeste. Cette voie est celle du don par amour des ennemis : voyons Jésus qui se donne et se livre à ses ennemis pour leur apporter un surpassement de la justice. Comment le Christ a-t-il apporté la paix promise : « je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix » (Jn 14,27) sinon en se livrant entre les mains des pécheurs, librement « Ma vie nul ne la prend c’est moi qui la donne » (Jn 10,18). Le chemin du Christ est celui du grain de blé qui est mis en terre pour porter du fruit, il est le chemin du don de soi en faveur de l’autre. Vous le savez, ce chemin est celui de l’amour le plus grand, le plus haut, cet amour révélé par Jésus. Jésus lui-même est notre paix dit saint Paul, parce qu’il est celui qui brise le mur de la haine, parce que le don de lui-même est réconciliation. Il nous assure la pais par sa croix. Ainsi, par ce que la miséricorde est combien plus haute que la justice, elle est la véritable source de la paix. « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » : cette parole est accomplie par Jésus lorsqu’il nous fait passer de l’amour à la paix, et lorsqu’il donne aux mots « vérité et justice » leur sens le plus élevé c’est-à-dire la miséricorde. Or le mot même de miséricorde contient le mot « don ».

 

Nous qui cherchons à être les disciples de Jésus, nous tendons vers la même forme de vie, à savoir que notre vie elle aussi est un service de la paix de Dieu, et ce service passe par le don de nous-mêmes. Cela vaut pour tous les disciples de Jésus, d’autant plus pour ceux veulent consacrer leur vie à ce service. Ainsi notre vie se met sous le signe du don, de l’offrande, en cherchant à nous décentrer de nous-mêmes pour se donner. Au fil des jours c’est ce qui se vit au séminaire : lorsque nous laissons résonner la Parole de Dieu dans la prière et dans les études, nous la laissons façonner notre être dans toutes ses dimensions pour être disponibles au don de soi. La Parole de Dieu nous forme et nous façonne pour devenir celui que nous aimons, pour entrer dans les sentiments du Fils. Car en effet, Jésus nous l’assure dans les Béatitudes « heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu. » Amen.